Vocation d'un sol ou terrain - Annexe 5

De Les Mots de l'agronomie
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Cette annexe se rapporte à l'article Vocation d'un sol ou terrain.

Un point de vue de géographes

Les mots de la géographie, Brunet et al., 1993)

« aménagement
(...) La deuxième observation porte sur une autre illusion. Il apparaît naïf, sinon dangereux, de penser que l'aménagement du territoire doit se fonder sur des « aptitudes » des espaces, sur une spécialisation, une division du travail, qui soient fonction de leurs « dotations en facteurs », de leurs caractéristiques supposées, notamment naturelles. La division* spatiale du travail est spontanée, momentanée, changeante. Elle a des rationalités fluctuantes, qui tiennent à la situation économique et politique des pays, et aux modifications des champs dans lesquels baignent les territoires. Il n'y a pas une rationalité des systèmes territoriaux, mais plusieurs.

Il n'y a donc pas davantage de localisation* « aberrante », il y a des localisations inégalement coûteuses, et des coûts que l'on accepte ou que l'on ne veut plus supporter. Mobilités et résistances rendent évidemment dérisoire l'idée même de « vocation »* locale: celles-ci n'en donnent que l'illusion, celles-là en disent toute la vanité. Combien de « vocations » n'ont-elles pas changé depuis un demi-siècle ! Les zonages « définitifs » en espaces de « potentialités » ne tiennent pas devant le flot de la vie. La côte du golfe du Lion, insalubre et peu sûre durant des siècles, se découvre une « vocation » au loisir de masse ; des étendues inconstructibles se trouvent d'un jour à l'autre « à bâtir » ; la « vocation » sidérurgique du Bas-Rhône, qui fut un temps « évidente », est devenue l'image même de l'erreur de jugement; et la moyenne montagne européenne désirée et surchargée des siècles derniers s'abandonne au profit de la haute montagne et de ses trésors d'or blanc, avant de se redécouvrir, peut-être, une sorte de « vocation » au ressourcement, dans le murmure des frondaisons ou le tranquille chuintement du ski de fond. » (p. 29)

« vocation
Mode d’explication parfaitement irrationnel et a-scientifique qui perdure à propos des lieux dans les ouvrages de géographie, et plus encore dans la littérature géographique sur les lieux et les régions : journalistes et économistes en abusent. Exemple : en un siècle, le Bas-Languedoc a eu successivement une « vocation » industrielle, une « vocation » viticole et une « vocation » touristique. « Explication » toujours proposée a posteriori, pour parler d’une spécialisation... sous forme d’inclination, de penchant, de « destination », la vocation nierait toute intervention, tout choix, toute décision, toute stratégie et tous acteurs. (...) En fait, vocation vient de voix (et non de voie !), et c’est l’appel de Dieu : on entend des voix, qui déterminent la vocation ; le mot n’est pas du langage scientifique. Il y a aussi des « vocations » contrariées. Dieu merci. » (p. 509-510).

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