Jours disponibles pour les travaux des champs - Annexe 5

De Les Mots de l'agronomie
Aller à : navigation, rechercher
Date de mise en ligne
10 octobre 2020
Retour à l'article
Cette annexe se rapporte à l'article Jours disponibles pour les travaux des champs.

Jours de travail nécessaires et jours disponibles (Gasparin, 1849)

((NdlR : les gras sont de nous))

TROISIÈME PARTIE. THÉORIE DES ASSOLEMENTS

CHAPITRE V. Du Capital de cheptel

SECTION I. – Cheptel vivant ; bêtes de travail

(…) Le calcul du nombre des animaux à employer sur un domaine dépend de plusieurs éléments : 1° de la force de chacun d’eux ; 2° du temps pendant lequel elle pourra se déployer ; 3° de la résistance qu’ils auront à vaincre.

Nous avons donné, dans le livre de la mécanique agricole, le moyen de calculer la force des animaux. Le temps dont on dispose est variable selon les climats et selon les institutions civiles et religieuses du pays où l’on cultive. La résistance varie non-seulement par rapport à la nature du sol, mais aussi par rapport à ses différents états de sécheresse ou d’humidité et à la durée réciproque de chacun de ces états. Tous ces éléments peuvent difficilement être déduits de recherches théoriques ; ce n’est que l’observation des forces employées qui peut nous servir de base. Dans les pays déjà cultivés, l’expérience nous apprendra bientôt si elles sont en excès ou en défaut, et nous permettra de régulariser notre position. Dans les pays où l’on manque de modèles, il y a ordinairement moins de danger de pécher par l’excès, parce que les moyens de nourrir les animaux y abondent ; le temps ne tarde pas à nous apprendre le milieu dans lequel nous devons nous maintenir. Il est curieux de voir comment le calcul aurait pu être fait presque à priori, si nous avions obtenu l’avance les renseignements qui manquent presque partout. Voici ce qui résulte de l’examen d’une comptabilité exacte faite dans le midi de la France ; cet exemple pourra servir de modèle et de guide pour ceux qui voudraient entreprendre de semblables recherches. Ces comptes ont été tenus et analysés par un habile agriculteur, M. Durand, ancien maire de Saint-Gilles (Gard).

ÉTAT des journées de travail pendant une année
Mois Fêtes et dimanches Jours de travail Jours perdus Total Nature des travaux
Janvier 5 19 7 31 transport
Février 4 19 5 28 transport
Mars 5 25 1 31 labour
Avril 7 20 3 30 labour
Mai 5 23 3 31 labour
Juin 4 25 1 30 labour et transport
Juillet 5 25 1 31 moisson, dépiquage
Août 5 24 2 31
Septembre 5 23 2 30 transport et labour
Octobre 5 22 4 31 labour
Novembre 5 19 6 30 labour
Décembre 7 18 6 31 labour et transport

Il résulte de cette comptabilité que l’on pourrait consacrer au labour, savoir :

Mars 25 jours
Avril 20
Mai 23
Juin 15
Septembre 10
Octobre 22
Novembre 19
Décembre 18
Total 152

D’après cette même comptabilité un hectare de terre forte exige en travaux :

27 journées de bêtes de travail pour labour
3 journées de bêtes de travail pour transport et semailles
30

Il suit de là que l’on devrait compter, dans ces terrains, une bête de travail par 5 hectares environ (152/30).

Dans les terres plus légères, nous comptons 20 jours de labour et 3 de transport par hectare. Ainsi une bête de travail suffirait à 6,6 ha et par conséquent, avec le système de la jachère bisannuelle, on devrait compter 10 hectares par tête de bétail dans les terres fortes, et 13,2 ha dans les terres légères.

Si l’on a un assolement triennal avec une année de jachère et une année de demi-jachère, on aura pour les terres fortes :

Jachère entière 30 jours
Demi-jachère 24,5
54,5 jours

Divisant 304, nombre de journées de labour en deux ans, par 54,5, nous avons 5,5 ha par bête, et, ajoutant 1/3 pour l’année de repos, 7,3 ha pour le lot d’une bête dans les terres fortes.

Sur les terres légères nous avons :

Jachère entière 20 jours
Demi-jachère 8
28 jours

Divisant 304 par 28, il nous vient 11 hectares par bête, et, ajoutant 1/3 pour l’année de repos, 14,7 ha.

Mais le tableau ci-dessus est loin de présenter toute la vérité. Il nous apprend le nombre de journées dont nous pouvons disposer dans chaque mois ; mais, pour compléter notre instruction, il faut le mettre en regard du nombre de journées qu’exige chaque mois. Pour ne pas nous écarter des comptes réels, nous supposons une ferme de 50 hectares, cultivée dans la région méridionale, sous le régime de l’assolement triennal précédent. Voici, mois par mois, le nombre de journées qu’exige cette exploitation, avec sa comparaison en nombre de journées dont on pourrait disposer en ayant en tout sept bêtes de travail (0,14 par hectare), nombre qui résulterait des calculs ci-dessus :

Mois
Jours de travail nécessaires
Nombre de jours disponibles
Nombre de journées
Labour récoltes transport totaux en plus en moins
Janvier 4 7,5 11,5 19 7,5
Février 2,5 12 15 19 4
Mars 20 20 25 5
Avril 17,5 17,5 20 2,5
Mai 6 6 23 17
Juin 6,5 5 11,5 25 13,5
Juillet 20 12 32 25 17
Août 17,5 8 25,5 24 1,5
Septembre 12,5 12,5 23 10,5
Octobre 26 26 22 4
Novembre 24 24 19 5
Décembre 3,5 5 8,5 18 9,5
par an 160 25 25 210 262 69,5 27,5

Ce tableau nous indique que nous avons eu 32 jours de labour par hectare, et de plus une journée de charroi ou de dépiquage, ou 33 journées par hectare ; que nous avions 262 jours disponibles ; que cependant nous avons trouvé 69,5 journées où nous n’avons pas pu occuper nos animaux, et 27,5 journées où nous avons été obligé de prendre des forces supplémentaires. On pourrait faire le travail en employant tous les jours disponibles, si l’on avait le nombre suivant de bêtes par hectare :

Janvier 0,120
Février 0,160
Mars 0,160
Avril 0,174
Mai 0,052
Juin 0,094
Juillet 0,248
Août 0,212
Septembre 0,188
Octobre 0,236
Novembre 0,252
Décembre 0,094
Par mois moyen 0,166

Référence :

Gasparin A. de, 1849. Cours complet d’Agriculture, t. V : 356-360. La Maison rustique, Paris, 638 p. Texte intégral sur Gallica.

Bandeau bas MotsAgro.jpg