Décrire un milieu naturel - Annexe 1

De Les Mots de l'agronomie
Aller à : navigation, rechercher
Retour à l'article
Cette annexe se rapporte à l'article Décrire un milieu naturel.

La connaissance du milieu au niveau de la région phytogéographique

par H. Gaussen,
in : C. Riedel, dir., L’étude du milieu naturel. Bulletin Technique d’Information, N°172, 1962, p. 717-721.
(extraits)

« Les plantes cultivées vivent dans un milieu artificiel qui est la résultante de l'action de l'homme sur le milieu naturel. Pour une étude raisonnée de l'agriculture, il faut donc connaître le milieu naturel, connaître la façon dont le milieu réagit aux modifications apportées par l'homme, connaître comment les diverses cultures sont compatibles avec les conditions considérées.

Le milieu naturel est formé d'une foule de conditions qui ne sont pas toutes indépendantes les unes des autres et dont la synthèse complexe agit sur les activités de l'homme. Cette synthèse ne doit pas être envisagée de la même façon suivant l'étude à poursuivre.

  • Le géographe qui étudie le milieu s'intéressera à la pression barométrique qui règle les types de temps, il s'intéressera à la morphologie qui règle l'érosion, etc.
  • L'hydraulicien s'intéresse à la précipitation totale plus qu'à sa répartition dans l'année, alors que le climatologiste estimera que les trombes d'eau de la mousson n'empêchent pas de longues périodes de sécheresse, malgré un total annuel considérable.
  • L'agriculteur doit, dans le milieu naturel, s'intéresser aux facteurs qui agissent directement sur les cultures.

Quand il pleut, la cause lointaine est à chercher dans les actions météorologiques de l'atmosphère, mais il n'y a que peu d'intérêt agricole à chercher les causes. L'essentiel c'est qu'il a plu à une date donnée et que la pluie a eu une intensité particulière, qu'elle a été accompagnée de grêle, qu'elle était une simple bruine, etc.

Mais même les cultures ne sont pas toutes semblables. La culture de Pin maritime dans les Landes n'utilise pas les mêmes éléments du milieu que la culture du blé dans les plaines de l'Ile-de-Françe.

Ces simples allusions montrent, je pense, que le problème est difficile. On peut l'aborder par l'analyse des différents facteurs avec l'espoir que leur synthèse donnera une image valable. (...) Le plus difficile n'est pas d'analyser les facteurs c'est d'en faire une synthèse en donnant à chacun d'eux l'importance relative convenable par rapport aux autres.

L'installation des « phytotrons » a une valeur considérable car elle permet d'isoler les divers facteurs, mais ici intervient la notion d'échelle. En effet l'étude de toute question de ce genre fait immédiatement intervenir la notion d'échelle. Pour les climats, par exemple, on définit :

  • le microclimat, qui implique un volume limité par un mur, par le feuillage d'un arbre, par de la terre qui est autour quand on parle du climat du sol. Pour l'étudier il faut l'appareillage sur place et des mesures directes pendant une longue période ;
  • le climat local, pour lequel les données météorologiques sous abri donnent une idée d'ensemble mais sont fallacieuses pour indiquer la température réelle supportée par les plantes ;
  • le climat régional, relatif à des régions de dimensions très différentes suivant l'uniformité ou la diversité du relief;
  • le climat général, qui est nécessairement la somme de plusieurs types régionaux et ne peut se définir que de façon très vague.

En restant sur ce chapitre du climat, on comprend que l'horticulteur s'intéresse au microclimat. Un mur permet un espalier qui modifie profondément les conditions locales ; si le mur est bien placé, on peut, par exemple, avoir sous le climat de Paris en pleine terre des plantes méditerranéennes. L'agriculteur de grande culture s'intéresse au climat local qui donne les conditions générales de son champ, mais s'il cultive une céréale, le mois d'août ou de septembre l'intéresseront peu alors que le vigneron aura à s'en occuper.

Je n'insiste pas, je veux seulement montrer qu'il faut définir de quoi on parle et que très souvent on ne parle pas le même langage quand on se place à des échelles différentes.

Donc l'analyse des facteurs dépendra de l'utilisateur. Le directeur de l'agriculture d'un pays s'intéressera à l'étendue respective des divers problèmes régionaux pour établir sa politique d'améliorations. Le directeur des Services Agricoles d'un département, le conservateur des Eaux et Forêts s'occuperont des conditions locales et le conseiller technique des agriculteurs travaillera à l'échelle du champ cultivé. »