Solum

De Les Mots de l'agronomie.

Auteur : Denis Baize

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Anglais : solum
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Article accepté le 11 septembre 2012
Article mis en ligne le 11 septembre 2012


Définitions

Solum (pluriel : solums)
« Le solum est une tranche verticale d’une couverture pédologique observable dans une fosse ou une tranchée. Si possible, on intègre dans le solum une épaisseur suffisante de la roche sous-jacente pour en permettre la caractérisation. Les dimensions horizontales d’un solum sont décimétriques : quelques décimètres de largeur et quelques centimètres d’épaisseur pour l’exploration et la description des caractères. La dimension verticale du solum varie de quelques centimètres (lithosols) à plusieurs mètres (vieilles couvertures pédologiques sous climats agressifs) » (Référentiel Pédologique 1992).

Un solum est donc un volume réel, permettant d'observer une couverture pédologique en un point précis de l'espace géographique et de prélever des échantillons.


Notions de solum-concept et de solum-diagnostique

Une fois interprété (en termes d'horizons de référence), un solum peut être conceptualisé et schématisé sous la forme d'une superposition, dans un certain ordre, d'horizons de référence : il devient un solum conceptualisé ou "solum-concept". Ce dernier sera rattaché, plus ou moins facilement, à une ou plusieurs "références" (fig. 1 - Référentiel Pédologique, 1992).


MotsAgro Solum 1.jpg
Figure n° 1: Du solum réel au solum concept (Référentiel Pédologique, 1992.)


Un horizon de référence n'est pas, en général, diagnostique à lui tout seul. Ce sont certaines successions d'horizons de référence, les solums-diagnostiques qui permettent de rattacher tel solum à telle Référence.


Épisolum (humifère)
« Ensemble des horizons supérieurs d'un solum contenant des matières organiques et dont la succession et l'organisation sont sous la dépendance essentielle de l'activité biologique ».

L'examen du "profil cultural" d'un sol cultivé peut donc être considéré comme l'étude de l'épisolum cultural.


Historique

Lorsqu'il a été repris officiellement dans le Référentiel Pédologique (première version, 1992), le terme solum a paru à certains comme nouveau, curieux et inutile. En réalité ce terme est ancien puisqu'il remonterait à Fallou (1862) l'inventeur du mot "pédologie".

Plaisance et Cailleux (1958) ont traité ce terme dans leur Dictionnaire des sols : « Solum 2. Sens actuel (latin scientifique, Frosterus). Par convention, l'ensemble des horizons A et B à l'exclusion de C et D ».

En Belgique, Manil (1963) a proposé le concept de "solum biodynamique" avec la définition suivante : « Le solum biodynamique comprend la partie supérieure du profil dont la totalité de la masse appartient à la rhizosphère. Dans ce milieu, se développe la formation de complexes organo-minéraux (...) imprégnant la totalité de la masse active des colloïdes minéraux (...). La seule observation sur le terrain permet souvent d'en fixer les limites inférieures par de fines nuances de teintes et de structure. Ce solum biodynamique constitue une particularité très labile du profil. Son épaisseur varie rapidement avec toute modification importante apportée à la couverture végétale ».

Jamagne (1967 : 34) s'inspirant explicitement de la 7e approximation de la classification américaine (USDA, 1960), donne la définition suivante : « Le solum est constitué par l'ensemble des horizons A et B d'un même profil, et éventuellement par les couches présentant des caractères génétiques liés au développement de ces horizons, lorsqu'elles sont situées au niveau de l'horizon C ».

Grâce à Tandarich et al. (2002), on peut remonter encore beaucoup plus loin dans le temps (les traductions sont de nous) :

« Le solum, un concept pédologique européen.

La bataille à propos des concepts d'horizon de sol et de profil ne se limita pas aux USA. En Finlande, Benjamin Frosterus reconnut qu'il n'y avait aucune langue d'Europe du nord et de Scandinavie qui ait un mot scientifique pour le sol. Son principal exemple était le mot allemand largement utilisé boden, signifiant sol, surface du sol ou terrain, dans cette catégorie linguistique. En conséquence, il proposa en 1924 le terme Solumhorizont (un nom allemand singulier, de solum – le mot latin pour sol) pour cette portion de la surface terrestre affectée par les processus pédogénétiques.

Frosterus considérait que le "Solumhorizont" s'étendait vers le bas depuis la surface et incluait (i) une zone superficielle d'appauvrissement, (ii) une zone d'enrichissement et (iii) une zone non affectée par les processus pédogénétiques (le "Untergrund"). Le concept de Solumhorizont fut proposé à la Conférence Internationale d'Agrogéologie de 1924 à Rome (pendant laquelle la Société Internationale de Science du Sol fut créée) à laquelle quelques scientifiques états-uniens assistèrent, dont Marbut. Le nom du concept fut raccourci à solum quand il fut ramené aux USA.

En 1926, Shaw définit le solum comme la partie altérée du profil, et restreignit donc le terme aux seuls horizons A et B. Marbut (1928)(1951) appela le solum le "vrai sol," le "sol mature" ou la "couche de sol". »

Asio (2005) a apporté ce complément :
« Tandarich et al. (2002) a retracé l'origine du terme solum jusqu'à Frosterus qui, en 1924, proposa le terme solumhorizont. En réalité ce fut Fallou qui le premier utilisa le terme dans son livre de 1862. En page 4 de l'introduction, il définissait le sol comme "Boden (solum) ist zerfallenes und mehr oder minder zersetßtes Gestein..." (Le sol [solum] est une roche désagrégée et plus ou moins décomposée). Il assimilait solum à sol, lequel, si on se base sur sa définition du sol, semble inclure la couche que nous appelons aujourd'hui horizon C ».


Épisolum (humifère) est né avec le Référentiel Pédologique (1992). C'est la partie supérieure du solum, la plus riche en matières organiques plus ou moins décomposées et humifiées, particulièrement en ce qui concerne les sols sous forêts ou végétations naturelles spontanées. Ce terme inclut aussi bien les horizons holorganiques O que les horizons A organo-minéraux. Il a aussitôt été adopté par les pédologues, notamment les forestiers et les biologistes, car il est à la fois précis et beaucoup moins ambigu que le terme "humus" utilisé souvent auparavant.


Utilité du mot solum – Distinction d'avec "profil"

Le solum tel que défini ci-dessus est un volume réel que l'on peut toucher et observer, voire prélever pour réaliser des examens supplémentaires (micromorphologie), des tests au laboratoire ou des analyses.

Ce terme a été réintroduit pour remplacer un des nombreux sens qu'avait pris le mot profil dans son usage courant. « Avec le temps, ce dernier était en effet employé à la fois pour désigner le solum, volume réel tel qu'il vient d'être défini, l'ensemble des informations recueillies dans une fosse et présentées à un lecteur, la face verticale de la fosse et... la fosse elle-même ! » (Baize et Jabiol, 2010).

Désormais, le Référentiel Pédologique propose cette définition du terme profil :

« Le profil est la séquence d'informations concernant un solum, ordonnée de haut en bas. Ces informations sont relatives à des caractères visuels (profil structural) ou bien à une seule variable (profil calcaire, profil hydrique, profil granulométrique) ou bien à des considérations plus synthétiques : profil d'altération, profil cultural ».

Les notions de solum et de profil ainsi définies se distinguent donc nettement de la notion de pedon (USDA, 1960) : unité de volume nécessaire et suffisant pour échantillonner et décrire la couverture pédologique en un point donné.


Autres langues

Anglais : solum (pluriel : sola)
Allemand : solum
Espagnol : solum
Italien : solum (pluriel : solum)

Références citées

  • AFES, 1992. Référentiel Pédologique. Principaux sols d’Europe. (D. Baize & M.C. Girard, coord.). INRA, Paris. 222 p.
  • AFES, 2008. Référentiel Pédologique 2008. (D. Baize & M.C. Girard, éds.). Quae, Paris, 480 p. [1].
  • Asio V.B., 2005. Comments on "Historical Development of Soil and Weathering Profile Concepts from Europe to the United States of America". Soil Science Society of America Journal, 69 (2) : 571-572.
  • Baize D., Jabiol B., 2011. Guide pour la description des sols. 2de édition. Quae, Versailles, 430 p. Présentation sur le site de Quae.
  • Fallou, F.A., 1862. Pedologie oder allgemeine und besondere Bodenkunde. G. Schönfeld's Buchhandlung, Dresden, 487 p. [2]
  • Frosterus B., 1924. Die Klassifikation der Boden und Bodenarten Finnlands. p. 141-176. In : Mémoire sur la classification et la nomenclature des sols (en allemand). Vol. IV. Commission n°8. Comité international de Pédologie. Rome.
  • Jamagne M., 1967. Bases et techniques d'une cartographie des sols. Annales Agronomiques, vol. 18, N° hors série, 142 p.
  • Manil G., 1963. Profil chimique, solum biodynamique et autres caractéristiques écologiques du profil pédologique. Science du Sol, n°1 : 31-45. Texte intégral sur le site de l’AFES.
  • Plaisance G., Cailleux A., 1958. Dictionnaire des sols. La maison rustique, Paris. 604 p.
  • Tandarich J.P., Darmody R.G., Follmer L.R., Johnson D.L., 2002. Historical Development of Soil and Weathering Profile Concepts from Europe to the United States of America. Soil Science Society of America Journal, 66 (2) : 335-346.
  • U.S.D.A., 1960. Soil Classification. A comprehensive system. 7th approximation. Soil Survey Staff, Soil Conservation Service. U.S.D.A.
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